Les Paperoles : l’orfèvrerie du papier

Très pratiqué depuis la Renaissance dans les monastères, la confection de tableaux en Paperoles atteint son apogée au dix-huitième siècle avec la confection de petits tableaux religieux, souvent des reliquaires. Au Moyen Âge, seuls les grands de ce monde pouvaient posséder des reliques qu’ils aimaient présenter dans de riches pièces d’orfèvrerie. Après la contre-réforme, l’engouement pour les reliques et leur arrivée en très grand nombre de Rome après la découverte des Catacombes ont amené les religieuses cloîtrées françaises à créer d’humbles tableaux- reliquaires qui permettaient de voir les précieux ossements présentés dans un écrin qui les magnifiait.

Les reliques

Dès le XVe siècle, des béguines et moniales cloîtrées des Flandres mettaient en scène des personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament dans un décor riche de broderies et de fleurs monté dans des boîtes appelées « jardin clos ».

Les XVIIe et XVIIIe siècles ont été l’âge d’or des reliquaires à Paperoles. Le culte des reliques était développé, visant à permettre au plus grand nombre de fidèles la vénération des restes sacralisés des saints selon l’adage de Saint Grégoire « Les corps des martyrs ont les mêmes pouvoirs que leurs saintes âmes ». Le Concile de Trente avait réaffirmé l’importance du culte des saints mais demandait plus de rigueur dans l’authentification des reliques, ce que détailla Charles Borromée dans un décret de 1576. Les reliquaires eux-mêmes recevaient un certificat de l’Évêché, un « authentique », que peu de reliquaires ont conservé intact.

Les reliquaires étaient destinés aux bienfaiteurs de l’Ordre ou aux visiteurs de marque.

Elles sont donc le sujet central des reliquaires à Paperoles : un fragment d’os la plupart du temps, mais aussi des miroirs gravés, des canivets1, des Agnus Dei2, de la pâte de reliques, des émaux de Limoges, des sujets en os ou verre filé, des images sur vélin… Des saints ainsi évoqués, certains étaient prisés, soit comme fondateurs d‘un Ordre, soit comme dotés de vertus spécialement édifiantes : saint Jean de la Croix, Sainte Thérèse d’Avila, Saint Jean Baptiste, Sainte Madeleine pénitente, Saint François de Sales.

Bénédictines, Visitandines, Carmélites et Ursulines se sont spécialisées dans ce travail, et ont fabriqué aussi, à destination de leurs familles dont la clôture les avait séparées, des « boîtes de nonnes » reproduisant et donnant à voir leur mode de vie par la reproduction en miniature de leur cellule, avec son mobilier -lit, chaise, coffre- et ses objets -lampe à huile, bénitier, crucifix, pot à eau, corbeille à ouvrage-. La Provence, la Normandie et le Sud-Ouest de la France ont été des régions les plus productives en reliquaires en papiers roulés.

Technique de travail d’un matériau simple, disponible et peu coûteux

Une paperolle est une fine bande de papier de quelques millimètres de hauteur, telle que les ateliers de reliure en disposaient en abondance après avoir massicoté les rames de papier. Ces bandes d’épaisseur et de largeur variables, parfois peintes ou dorées sur tranche, pouvaient être pliées, plissées, gaufrées, frisottées, et surtout enroulées sur elles-mêmes en petites boucles et spirales, pour former toutes sortes de figures : motifs géométriques, éléments d’architecture (colonnes et pilastres), éléments décoratifs (fleurs, fruits, guirlandes). En utilisant des papiers argentés ou dorés, de riches décors d’orfèvrerie pouvaient être imités à moindre coût. Les couvents faisant de la reliure pouvaient fabriquer eux-mêmes les bandes de papier.

Les outils étaient facilement disponibles car utilisés aussi pour la broderie pratiquée dans les couvents : ciseaux, aiguilles, poinçons, pinces.

Réalisés sans contrainte de temps, sans contrainte d’argent, de façon « gratuite », ces objets d’art dans lesquels la modestie côtoie la splendeur disent la ferveur et la piété de leurs discrets artisans, ad majorem Dei gloriam.

Le chœur de Paperoles de l’Église des Cordeliers de Toulouse 

Cet objet de dévotion privée datant du dix-huitième siècle, exposé au musée Paul Dupuy de Toulouse, est fabriqué intégralement en papier et mis sous verre, avec des rideaux de textile entrouverts couronnant la partie supérieure. Des papiers dorés ou marbrés gris, roses ou noirs reproduisent la richesse de l’architecture baroque : colonnes, pilastre, autel central et également les décorations de guirlande et médaillons.
L’opulence décorative est rendue par l’utilisation de différentes techniques de travail du papier : les papiers gaufrés créent des angelots voletant ou des médaillons présentant de minuscules scènes figurées en faible relief. Les guirlandes de fleurs, les rubans en arabesque et les détails des chapiteaux corinthiens sont réalisés en Paperoles. Le chœur de l’église des Cordeliers est remarquable par sa taille et son bon état de conservation.

Bibliographie

– « Reliquaires à papiers roulés des XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles » : actes de la Journée d’études du 24 septembre 2004, Trésors de ferveur et Mâcon Imprimerie, 2005
– Catalogue d’exposition à la Chapelle du Carmel de Châlon-sur-Saône, Éditeur Office de la culture de Châlon-sur-Saône, 2022.
– Catalogue d’exposition au Château d’Ainay-le-Vieil « Grottes, jardins clos et reliquaires, merveilles de papier » Imprimerie Sire, 2022.
– Catalogue d’exposition « Trésors de dévotion », à la cathédrale Saint Jérôme de

  1. Un canivet est une image pieuse réalisée au canif pour imiter une dentelle. Depuis le XIXe siècle, les canivets sont réalisés mécaniquement.
  2. Petit médaillon de cire représentant au revers un agneau vexillifère, à l’avers un saint, réalisé tous les sept ans ou à l’occasion d’un événement particulier, à partir de la cire des cierges pascals des basiliques romaines. Bénis par le Pape les mercredi, jeudi et vendredi in albis, ils étaient offerts lors de la fête de la Présentation de l’année suivante. On leur attribuait des vertus prophylactiques contre les catastrophes, la foudre et la mort subite.